Jeux d'échec sans prévisions
Chère lectrice, cher lecteur, une fable, non ! Un conte innovant, tout neuf, naissance de l’œuf, sur la main envers votre cœur de seigneurie jeune ou moins jeune suivant l’âge de votre esprit, histoire vraie, sans mensonges et pourtant imaginaire, irréelle, improbable, irréalisable et tellement humaine. Une histoire de maintenant sur des gens des Temps anciens. Enfin gens ou animaux, ici, pareil au même ! Aucune leçon, aucune morale, aucune sagesse : pas professeur, par moralisateur, pas philosophe grec ou latin ou médiéval ou baroque ou d’aujourd’hui. NON ! Juste une histoire pour le crissement des dents, pour le rire sous cape, pour la rivière de ses pleurs de la plus belle des grimaces, pour la baleine ricanante.
Parmi les quatre cavaliers attentifs, en attente du changement de décor : la prairie verdoyante en un terre-plein à damiers noirs et blancs, Brimbale, fils de Brimbalion, de descendance brimbalesque par son père et de Noilabmirb, de lignage Equselabmirb par sa mère. Sang de terroir, de territoire de cinquante kilomètres à la ronde dedans villes, villages, forêts, lacs, prairies, forteresses, châteaux, métairies.
Comme ses compagnons, ses fesses sur un bloc de foin, en exaspération par la future partie pas encore au commencement, par le retard par la pluie battante… En un instant un tremblement dans le sol, un frémissement dans l’écurie, un sifflement dans l’air et un énorme tapis à carreaux ombres et lumières.
Cocasse ! Pas encore !
Car quand Brimbale, debout, la patte de devant aussi raide qu’une planche d’une plinthe en dépôt au parquet et les hérauts annonciateurs de la mise en place des joueurs… Voilà Le Roi et La reine, Les Cavaliers et les Tours, les fous, non pas de Morus Bassanus - de Bassan quoi, mais du Roi. Un nouveau tonnerre et secousses… et deux doigts préhenseurs, geôlier de Brimbale, sous un rire tonitruant, dégorgeable, dégoutteur de pluie baveuse, continuateur de tonnerres en tonnerres…
Visionnage de Brimbale : vue d’en haut, plongeon vers le bas et dépose-minute à sa place obligatoire.
Déjà de là-haut, devant lui, à une case blanche bien visible, une dinde glougloussante de mots incompréhensibles ; sur une case voisine, noire, une oie blanche, innocente à ce jeu, à la chair appétissante ; et sur une autre case, une poulette, jeunette, seulette, joliette, d’un regard goguenard vers le cheval à la patte folle, dans sa pensée vers une vision d’envie vers la tablette de chocolat et le bâton droit ; et sur d’autres cases : une caille sur canapé en attente de promotion en admiration vers l’opulente chevelure, ramasse-poussière devant l’éternel ; une autruche, décolleté immersion sous terre et le derrière au vent aérien, par peur de la chair de poule.
Zut, sa pensée éclatante vers les autres cavaliers, pourquoi ces concurrents ?
Et son regard examinateur, vision farfelue vers Bijou, Tignasse et Crin d’Œil :
Pas de souci de ce côté-là : un baiser et… en pâmoison, la pauvre ! Ses quelques chicots prêts à la fuyance, à la poudre d’escampette dès la première ouverture buccale. Même Tignasse, traînard par devant Dieu, une si longue chevelure, ramasseuse de poussières, herbes, cailloux… et ma foi : trop longue liste de ramassis. Et alors, Crin d’œil, des yeux croisés, des yeux hors de leurs orbites avec leur ressort comme accompagnateur, pinceaux en vision unilatérale de tous côtés, par devant et par derrière.
Son bâtonnet en visière, devant ses yeux, la plaisante poulette aguicheuse, des yeux d’une chaleur cuisante, ses pattes fines et roses à souhait, au bon dieu en supplication :
Voilà donc une poule en course ! Que de doux moments de promesse !
Pourtant dans la continuation de sa visière, la caille au pelage fin et doux, de son regard ambitieux…
Trop facile mais pourquoi pas…, ses pensées dans les méandres de sa cervelle !
Et alors, au moment où le dépit de la pensée, dépositaire de tristesse :
Que diable, la dinde bien grassouillette, en attente du vingt-quatre décembre. Au moment de la fermeture des yeux… pas de souci… belle ou laide… bonne affaire car plus d’espoir de galanterie, croyance au Père-Noël, celle-là !
Mais ne voilà t’y pas un cor, tel une perdrix sautillante, de son œil, telle de la glu, au plancher de la plinthe, visualisation du pou dans le pelage de la caille :
Halte-là ! Pas question de lentes et de poux dans mes sabots. Bon pour Tignasse, çà !
Et le pou rigolard, moqueur des coups de bec de la caille découvreuse de son cou décharné :
Pouah ! Trop maigre pour moi, des dents marmotteuses recouvertes par les plis lippeux et chassieux, délectation de la chair bien ferme mais moelleuse à souhait.
Et avec son esprit fin, son regard en visière, son bâton droit vers l’oie blanche :
Mais elle… voilà ! En avant toutes !
Et lui, d’une case à une autre vers la dame de son choix : interpellations, œillades, sifflements,…
MOUVEMENT AU RALENTI SUR IMAGE !
Comme toute oie blanche, oreille bien molle, pas dure, quoi, pas sourde du tout, la donzelle, à prime abord, nenni, bien sûr mieux que les autres mais avec la permission de Chronos, divin du Temps, la joueuse, dans la salle d’attente de l’égrenage temporel, de ses joues rosies de son fard, fermeture des paupières. Qu’importe toujours fonceur :
Premier au départ, premier à l’arrivée et premier au service !
Regard vers la droite, regard vers la gauche, regard vers tous les côtés, même en bas et en haut. Encore un bond, une case et…
Mais non ! Pas par là ! Pas le poulet ! Pas l’âne au coq !
La main préhenseuse, apparition céleste.
Pas le bon côté ! patience, ma beauté, bientôt nos retrouvailles !
Une tour chevaleresque, protectrice des belles dames, empêcheuse de rondeaux, de pas de deux. Entre les deux : intercalaires. Pas aujourd’hui le Lancelot de Guenièvre ; le Tristan d’Yseult. Demain, alors, avec impatience le Roméo de Juliette, le Pierre Esbaillart d’Héloïse. Moine vierge, souffreteux de la prostate ! Certainement pas ! Bientôt conquête comme un Casanova ou un Dom Juan.
Tout à coup un taon tâtonneur du temps, piqueur diabolique, suceur de sang, vampire glouton de la main d’en-haut, d’un coup de tapette vers l’oncle inversé :
SILENCE ! Trop rapides, tes pensées, fonceuses vers les écoutilles d’œuvres vers l’ouïe.
Et d’un revers, la main, déesse divine, poilue, vengeuse esseulée, dans ses rets enfin glorieux :
De la retenue, tous les deux !
Chasse à l’homme, non ! Dos à dos, non ! Séparation ou divorce, non ! Car les deux protagonistes, aux regards amoureux l’un vers l’autre, de peu de foi envers celui du haut car prévision de la suite évidente…
Ouste, dehors, exit, le cheval boiteux. La tour vainqueresse, triomphatrice ! Oui ! Quoi ?
Voilà donc… Trop tard : les deux adversaires, face à face, regard droit dans les yeux : choc entre les deux, la tour et le cavalier branlant : quelques bouts de bois de la planche de la plinthe en dépôt au parquet sur le sol d’une case (non pas une case en moins) en feuille morte, effeuillement ; la massive ossature à créneaux, une brèche profonde à la base… Mais non : toujours debout. Alors, le cavalier, avec la rapidité de l’éclair malgré sa patte boiteuse, une charge en force avec l’espoir de l’ébranlement de l’adversaire. Mais nenni : toujours debout.
Sur le désert de la case l’affrontement entre le cavalier et la tour, tournoi sournois sans merci où le vainqueur dont la récompense, ici l’oie blanche, amusée et spectatrice de sa propre audace, entre timidité et rire enfin dans la renaissance de la découverte de son gorgias à travers le gorgerin si translucide que… vision des formes graciles et généreuses. Dans l’éblouissement des reflets des armes, le bâton droit et l’arc bandant, l’un perdant l’autre gagnant, réception du duvet des plumes, du foie gras, des cuisses, de la graisse et tutti quanti. Bref le tout sur un plat d’argent où feuilles de laitue, carottes, navet et sauce au verjus, accompagnement de la volaille pour la passation à la casserole. Enfin seulement si cuisson à point ! Alors délice merveilleux !
En effet, la Tour telle une arbalète, lâcheuse de traits, magicienne à son heure, outrecuidante de fierté si haute envers le cavalier sur le chemin des amours empêchées. Grâce à sa patte en bois dur : protection de sa dulcinée.
L’oie blanche, le pion, le soldat de la soldatesque armée du roi blanc, telle une colombe avec, dans ses plumes un drapeau clair, dans son bec un trèfle à quatre feuilles, en hâte à la recherche de la protection de ce cavalier émérite, avec comme objectif la frayeur, la fuite, l’exclusion de la tour hors du terrain de jeu d’où interpellation de toutes les autres volailles de la basse-cour. Espoir vain, pensées viriles par vingt fois remplissage de vin de messe, léger aux narines, léger en bouche, léger aux tripes, léger à l’esprit, dans le gobelet en fer, au cours des fêtes breughéliennes, par l’accompagnement du menu pantagruélique.
La tour à l’arc guerrier, tuerie, massacre, les volailles pattes en l’air, nerfs gigoteurs dans tous les sens, en enfilade en fuite, débâcle des survivantes.
La rudesse du combat, la jalousie et l’envie sans stratégie de la tour, les cases, les damiers, pas grave la couleur, où les plumes des volailles, tel un fameux plumard moelleux.
Vivement le délaçage du corset de plumes sur la musique suggestive ! Hmmm, la musique enivrante du fourrage de l’oie blanche en réponse à mes souhaits, l’égrenage de mes expériences en âge certain… avec ses pensées actives.
Mais un certain canotage de victimes, sauf la petite oie blanche frissonnante d’impatience, frémissante de désirs inconnus, méconnus, à souhaits connus, reconnus sur le lit de plumes, plumassiers : dans le décompte des voix, babillages rauques et souffles inaudibles, canotage, plantage, pianotage du nombre de bières et ensuite de cercueils en prévision.
Pauvre Brimbale, le combattant des moulins à vent tel l’Hidalgo Don Quichotte de la Mancha dans l’espoir de retrouvailles avec non pas Rossinante mais avec Dulcinéa. Mieux pour lui Rossinante, la vieille carne chevaline du noble seigneur ! Mais voilà une question sur leur identité : Don Quichotte de la Mancha ? Ou Sancho Panza ? Le premier avec son Manche (pas la Manche : le Channel pour les English, les Anglais : pour la compréhension !) tel une lance pourfendeuse des appâts tandis que l’autre avec sa Panse, tel Pansard, bien tendue, naïf comme son baudet vers des prairies sauvages, au pas d’homme.
Rêveries en folie et phallique pour le nom de l’équidé Phallus :
Oui, moi, je…, dans un soupir triomphal d’espérances qui, jamais vers les Nymphes de l’Oubli, de ce jour et qui peut-être, de retrouvailles de demain, Héraclius me voici !
Au sein de ce théâtre, de cette farandole de mots, de pensées, de rêves et de cauchemars, de fléaux, de calamités calamiteuses, des taons dans le temps tant incertain, le cavalier de l’Apocalypse tel un fantôme, dans la nuit obscure, sans lune, sans étoiles, juste des langues de brouillard, promeneuses dans la nuit, avec sa réservation et la bénédiction du Malin-Retors et du Bon-Dieu, dans son cabas de commissions prêt des remplissages d’amours impossibles.
Tels des singes de foire : vision des visiteurs à l’encontre des hors-nature, fuselages en habits de deuil, visages de blancheurs mortuaires. Chevaux en avant, corbillards ensuite, hommes, femmes, enfants, vieillards, sur deux rangs, en queue leu-leu, derrière. Les suivants, de pieds en cape, habits noirs : chaussures noires, chaussettes noires, pantalon noir, chemise noire, veste noire, chapeau haut-de-forme noir, gant noir : déguisement pour cortège cérémonial rituel de passation vie à mort.
Comme quoi Thanatos et Éros, vie conjugale à heurts toutes les heures, ensemble, mains dans les mains ! Devant le passé, le présent, l’avenir ! Éternité éternelle à l’ennui pour les immortels et immortelles, à travers le Temps accusateur, juge, juré ! Pérennisation à toujours ou à jamais pérenne : homme-femme ; mâle-femelle : Dodo, mon coco ! Coucou, ma doudoune !




Commentez